Pourquoi la grève? – 2009
C’est une question que beaucoup peuvent se poser.
La présente grève de l’UQÀM est en fait majoritairement liée à celle des professeur-e-s. Les associations étudiantes qui s’y sont jointes l’ont fait en général en solidarité avec les professeur-e-s, tout en ayant leurs propres revendications.
Nous essaierons donc ici de faire un point sur les raisons de la grève. Attention cependant, cet article ne se veut pas une liste exhaustive des raisons de la grève.
- Informations utiles à savoir
- À propos de la situation des professeurs
- À propos de la situation des étudiants
- Revendications communes, loi sur la gouvernance
- Conclusion (résumé)
Informations utiles à savoir
Plusieurs choses importantes à savoir :
- La situation de l’UQÀM est très particulière, notamment à cause du nombre élevé d’étudiant-e-s à temps partiel et des champs de recherche dans lesquels l’UQÀM s’est spécialisée.
- En effet, l’UQÀM étant une institution ayant historiquement mis l’accent sur l’accessibilité aux études, elle a beaucoup d’étudiant-e-s à temps partiel (près de 45%1 ), ce qui la pénalise lors du calcul des subventions accordées par le gouvernement. On sacrifie donc cette accessibilité au profit d’une pseudo science comptable de la rentabilité, ce qui pénalise l’UQÀM et l’empêche de remplir adéquatement sa missions d’accessibilité.
- De plus, l’UQÀM n’ayant pas de facultés réputées, comme une faculté de médecine par exemple, et s’étant spécialisée dans des domaines plus orientés vers les sciences humaines, considérés par beaucoup comme moins rentables, l’UQÀM ne bénéficie pas de subventions aussi importantes que les autres universités s’étant orientées avant tout vers la formation d’une main d’œuvre qualifiée plutôt que d’une classe de gens instruits et réfléchissant sur le fonctionnement de la société. Il s’agit d’une injustice flagrante puisque l’UQÀM est dans bien des domaines une université de tête dans la recherche et que les sciences sociales servent tout autant que les facultés de médecine.
- L’UQÀM depuis sa création a toujours été victime d’un sous-financement structurel et chronique
- L’UQÀM est l’une des universités ayant le rapport étudiant-e-s par professeur-e-s le plus élevé
- L’UQÀM est l’une des universités ayant le nombre de chargé-e-s de cours donnant des cours par rapport au nombre de professeur-e-s donnant des cours le plus élevé (il y a proportionnellement plus de chargé-e-s de cours qu’ailleurs).
Ainsi, le fait que l’UQÀM soit plus sociale et ait une mission de démocratisation de l’éducation, ce qui la rend moins rentable à court terme, la pénalise. Il est donc nécessaire que le gouvernement reconnaisse les spécificités de l’UQÀM et le fait qu’elle soit désavantagée par la logique comptable des formules de financement.
Haut de la page
À propos de la situation des professeur-e-s
Les professeur-e-s sont sans convention collective depuis 2007 et les négociations pour le renouvellement de la convention collective n’ont fait qu’être repoussées par l’UQÀM. Vous pouvez trouver plus d’informations sur le sujet et sur l’historique des négociations sur la page Informations pratiques.
Les professeur-e-s reprochent donc plusieurs choses à l’UQÀM2:
- le refus de négociation pour le renouvellement de la convention collective,
- le fait que l’UQÀM n’ait pas voulu traiter de points importants liés aux conditions de travail des professeur-e-s,
- que l’UQÀM n’ait fait aucun effort pour tenter de gagner la confiance des professeur-e-s,
- que l’UQÀM pourrait à tout moment décréter un lock-out (fermeture de l’université sans salaire pour les professeur-e-s), ou que le gouvernement pourrait faire passer une loi spéciale et forcer les professeur-e-s à rentrer en classe.
Ainsi, les professeur-e-s et maîtres de langues estiment que l’UQÀM devrait :
- négocier de bonne foi le renouvellement de la convention collective des professeur-e-s,
- Prendre en compte le rapport de la firme AON3, qui affirme que les professeur-e-s sont en général sous-payé d’environ 10% par rapport à l’ensemble des universités du Québec.
- Arrêter de commander des études comptables qui ne font qu’aggraver la situation financière de l’UQÀM
Ce que veulent les professeur-e-s pour leur convention collective :
- Une hausse des salaires d’environ 11% pour se mettre au niveau des autres universités québécoises. Cela devrait corriger les inégalités de salaire à travail égal, ainsi qu’attirer des professeur-e-s et des spécialistes dans des domaines pointus;
- L’embauche de 300 nouveaux professeur-e-s4 (pas juste de remplacement de professeur-e-s partant à la retraite) afin de combler le manque de professeur-e-s et corriger la situation à l’UQÀM. En effet, l’UQÀM est l’une des universités ayant le rapport élèves par professeur-e-s le plus élevé, ce qui nuit à l’enseignement et à la recherche. Cela permettrait également d’alléger la charge des professeur-e-s dirigeants des étudiant-e-s aux cycles supérieurs notamment. De nombreux professeur-e-s peuvent avoir jusqu’à 25 étudiant-e-s sous leur direction, qui plus est, dans des domaines qui ne sont pas forcément leur spécialité. Cela devrait également permettre de recruter des professeur-e-s plus jeunes et donc assurer la pérennité de l’université.
Pour plus d’information sur les revendications des professeur-e-s, vous pouvez consulter les pages suivantes (sur le site du SPUQ) :
- Pourquoi 300 nouveaux professeur-e-s?
- Pourquoi les professeur-e-s sont en grève?
- Les vidéos explicatives dans la section vidéos du site
Haut de la page
À propos de la situation des étudiant-e-s
Les étudiant-e-s qui supportent la grève5 le font de façon générale en appui aux professeur-e-s. Cependant, bien des associations ont des revendications qui reviennent souvent6.
Les étudiant-e-s réclament en général un réinvestissement massif pour l’UQÀM afin de mettre fin aux déboires financiers et immobiliers créés par les différentes administration de l’UQÀM avec la bénédiction du gouvernement. Un réinvestissement devrait permettre de rendre viable la situation de l’UQÀM et de donner de meilleures conditions d’enseignement pour les étudiant-e-s.
Les étudiant-e-s s’opposent également contre l’intervention du privé dans l’université.
Plus d’informations :
Haut de la page
Autres revendications et sujets d’inquiétudes, loi sur la gouvernance
D’autres sujets d’inquiétudes sont également présents dans les revendications des professeur-e-s et étudiant-e-s.
Le principal est le projet de loi sur la gouvernance des institutions post-secondaires que le gouvernement souhaite faire adopter à l’Assemblée Nationale.
Ce projet de loi va totalement contre la gestion collégiale et démocratique de notre université par ses propres membres, au profit d’une plus grande intervention du privé et d’une logique comptable contestable.
Ce projet de loi prévoyait entre autre :
- D’augmenter à 2/3 des membres du conseil d’administration de l’université le nombre de personnes venant de l’extérieur (des représentants du milieu économique) au détriment de la communauté universitaire qui aurait vu sa représentation passer à 1/3 des membres du CA (contre 2/3 actuellement). On veut donc donner le pouvoir au milieu économique, déconnecté du fonctionnement de l’université, et le retirer à la communauté universitaire…
- De remplacer les doyens, directeurs de départements et autres postes administratifs importants, actuellement occupés par des professeur-e-s élus par leurs pairs, par des fonctionnaires comptables décidant arbitrairement des orientations et embauches (entre autre) sans concertation avec le milieu universitaire. Cela irait totalement contre le fonctionnement démocratique de notre université.
- La création d’un comité de gouvernance et d’éthique, d’un comité de vérification des décisions de l’université, d’un comité des ressources humaines7. S’il est vrai que ces dernières mesures pourraient donner une plus grande transparence aux actes pris par la direction de l’Université, il faudra voir si cela est vraiment le cas. Un comité des ressources humaines risquerait par exemple de décider arbitrairement des embauches, qui sont bien souvent décidées de manière collégiale avec les différents représentant-e-s de la communauté universitaire. On peut également imaginer que les deux premiers comités cités soient supervisés par des firmes comptables, ce qui couterait cher et ne servirait probablement pas à grand chose.
Ce projet de loi est clairement une attaque au fonctionnement démocratique de notre université et doit être dénoncé. Il s’agit d’un enjeu important pour toute la communauté universitaire.
Plus d’informations :
Haut de la page
Conclusion
Les professeur-e-s tout comme les étudiant-e-s et les autres corps de l’UQÀM réclament tous un réinvestissement massif dans l’UQÀM afin d’assurer des conditions d’enseignement normales et de régler une fois pour toutes les problèmes financiers de l’UQÀM.
Un réinvestissement serait en fait la seule solution logique pour répondre au problème structurel et chronique qu’est le sous-financement.
Il est nécessaire que l’UQÀM obtienne ce réinvestissement afin de conserver sa mission d’accessibilité et d’éducation populaire de qualité.
Rappelons également que si le problème n’est pas réglé cette année, d’autres grèves faites par d’autres syndicats de travailleur-e-s à l’UQÀM auront lieu et la situation ne sera toujours pas réglée.
Nous nous opposons également à l’intervention du privé dans l’université et aux dangers que cette intrusion peut comporter.
Si le gouvernement ne veut pas fermer l’UQÀM et veut régler les problèmes financiers et structurels une bonne fois pour toute, il faut un vrai réinvestissement et une reconnaissance des spécificités de l’UQÀM, afin de la rendre viable et éviter de repartir en grève une fois de plus l’an prochain!
Haut de la page
Notes de bas de page et références :
- Source : SPUQ [↩]
- Tiré de : http://spuqengreve.wordpress.com/2009/03/22/pourquoi-les-profs-de-luqam-sont-en-greve/ [↩]
- disponible ici : http://www.uqam.ca/divers/rapport-aon.pdf [↩]
- Voir ici : http://spuqengreve.wordpress.com/2009/03/25/pourquoi-300-nouveaux-postes/ [↩]
- voir la liste des étudiant-e-s en grève [↩]
- Voir : http://www.uqamengreve.com/revendications/ [↩]
- Source : Le soleil [↩]