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Site sur la grève de l'UQÀM – 31 mars et 1er avril 2010

Je me souviens, par Véronique Gagnon-Pelletier

Montréal, jeudi le 9 avril 2009

Je me souviens

Lors de la dernière assemblée générale de l’Association des étudiantes et des étudiants de la Faculté des sciences de l’éducation de l’UQAM (ADEESE) visant à tenir un vote sur la reconduction de la grève des étudiants, l’argument du droit à l’éducation a été invoqué pour enjoindre ses membres à voter contre la grève des étudiants, grève qui se veut un soutien à celle des professeurs et qui veut également faire valoir les propres revendications des étudiants.

J’ai d’abord été étonnée lorsque je me suis aperçue que cet argument était utilisé pour s’opposer à la grève.  Ainsi donc, le droit à l’éducation aurait la signification suivante : le droit d’entrer dans l’université chaque jour ouvrable d’une session, le droit d’assister à ses cours sans perturbations, le droit de terminer sa session dans les délais prévus, le droit que ses projets personnels ne soient pas contrecarrés!

Puis j’ai été choquée.  On ne peut pas tordre les mots toujours dans le sens qui nous convient en fonction de nos intérêts du moment.  On ne peut pas travestir ainsi le sens des mots «le droit à l’éducation ».  Si on n’y prend garde, dans notre État de droit, tout le monde aura tous les droits, ce qui équivaudra à dire que personne n’en aura aucun.

Entendez-moi bien.  Je ne veux pas dire par là que je ne respecte pas les gens qui s’opposent à la grève.  Une assemblée est un lieu de débat où tous peuvent exprimer leur point de vue.  Une assemblée permet que l’on s’oppose à la grève.  Une assemblée permet que l’on invite ses membres à voter contre la grève.  Une assemblée permet qu’on le fasse au nom d’intérêts personnels et immédiats, ou parce qu’on est en désaccord avec ce moyen de perturbation, ou encore, parce qu’on ne se sent pas interpellé, concerné par les enjeux de cette grève qu’il faut voter.

Par contre, je déplore l’utilisation fallacieuse de l’argument du droit à l’éducation qui a été faite.  J’ai intitulé ma lettre «Je me souviens», car  notre devise nationale sonne comme un rappel.  Un rappel : celui de se souvenir que l’UQAM a été fondée dans la foulée de la Révolution Tranquille avec la volonté explicite de rendre accessible une éducation de qualité à tous les francophones du Québec. Dans une lettre au journal Le Devoir (édition du samedi 29 et du dimanche 30 mars 2003), l’un des auteurs du rapport Parent et le président du comité d’étude pour la création de l’UQAM, le professeur Guy Rocher, écrivait : la démocratisation de l’éducation en 1960 doit «[…] se situer dans la mutation d’une civilisation.  En effet, pour la première fois dans toute l’histoire de l’humanité, on demandait que l’enseignement soit accessible à tous, sans discrimination […] ». Précisément, l’UQAM a été fondée en vertu du droit à l’éducation.

Lorsque les professeurs font la grève pour que soit maintenue la mission fondamentale de l’UQAM, entre autres par un financement adéquat et par l’embauche de nouveaux professeurs, lorsque les étudiants font la grève pour soutenir leurs professeurs et pour qu’il y ait réinvestissement dans leur université, tous la font justement au nom du droit à l’éducation.  Je me souviens.

Je me souviens que le droit à l’éducation est un droit fragile et qu’il mérite que je sois solidaire, solidaire du vaste mouvement uqamien qui s’est créé autour de la grève des professeurs, solidaire des valeurs qui ont permis la fondation de l’UQAM, solidaire des générations d’étudiants qui me suivront et qui auront, eux aussi, le droit à l’éducation.

Bonne fête UQAM!  Je me souviens qu’il y a 40 ans, tu venais de naître et nous offrais «le droit à l’éducation»!

Véronique Gagnon-Pelletier
Étudiante à la Faculté des sciences de l’éducation à l’UQAM

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