L’option de faire face à notre destin collectif, par Élie Presseault
L’option de faire face à notre destin collectif
Retour à l’école
Depuis janvier 2009, j’ai fait un retour aux études à l’UQAM. En tant qu’étudiant sourd engagé au sein de ma collectivité, je sentais le devoir, un certain appel à donner suite à quelque vocation de la plume. Ainsi, je fis mon entrée au baccalauréat d’Études littéraires. La grève des professeurs de l’UQAM me donna l’occasion d’expérimenter les écueils de notre vie démocratique. Plus que jamais, je constate la nécessité de recourir à une vision et des mesures plus énergiques afin d’encourager l’éducation au sein des institutions universitaires du Québec.
Une participation étudiante active
Déjà, le défi de m’adapter aux structures de représentation étudiante, structures différentes par rapport à l’Université de Montréal, me donnèrent l’occasion de me saisir d’enjeux plus larges. Au premier chef, je dus surmonter quelques difficultés quant à ma condition sourde. Maîtrisant la Langue des signes québécoise (LSQ), je requiers des services d’interprétation lorsque des cours, des réunions d’équipe et des assemblées ont lieu. Avant même de participer à ma première assemblée facultaire, je fus informé par le Service des personnes handicapées de l’UQAM que je devais recourir au concours des associations étudiantes concernées afin de défrayer les coûts d’interprétation me permettant de participer pleinement aux assemblées.
Nous pouvons voir là un symptôme du souci des associations étudiantes à pratiquer un sens démocratique exemplaire. D’ailleurs, il est anormal qu’on réduise l’exercice du droit des étudiants handicapés à l’intérieur des murs d’une classe. C’est pourtant ce que le gouvernement – par l’entremise des responsabilités ministérielles concernées – fait depuis nombre d’années : nous défrayons les coûts d’interprétation en classe, et tant pis si vous vous intéressez aux activités parascolaires et aux revendications étudiantes. Nous devons renoncer de facto, dans la plupart des cas, à toute motivation de nous impliquer, d’apprendre sur un mode du plus pratique, et oser croire à défendre nos droits citoyens.
Contentieux des revendications en éducation
Aujourd’hui, les professeurs se prononceront sur les suites à donner à la prétendue – deuxième ?!? – offre finale présentée conjointement par la direction de l’UQAM et le négociateur délégué par le gouvernement libéral. À titre de rappel, le recours à une loi spéciale obligeant les professeurs à retourner en classe est envisagé. De plus, les professeurs se plaignaient d’une mauvaise foi maintes fois démontrée autant par la direction de l’UQAM et le gouvernement. Il est manifeste que la ministre de l’Éducation cherche surtout à gagner du temps et éviter l’odieux des apparences d’un refus d’écouter les revendications des professeurs et des associations étudiantes.
Suite à la lettre du recteur de l’UQAM adressée aux professeurs du 23 mars dernier, je ne puis que constater le mépris affiché de la direction envers les différents corps d’employés syndiqués de l’UQAM. Trois conventions collectives – sur quatre syndicats – sont échues : ce n’est surtout pas le moment de nier l’impasse. Recourant à l’injonction et à la désinformation médiatique lors de la récente occupation étudiante du 6 avril dernier, la direction est loin de démontrer ce qui fait force de rassemblement de la communauté uqamienne face à la crise.
Une loi spéciale non-souhaitée
Le recours à la loi spéciale ajouterait à l’injure : ce n’est pas le moment de tergiverser et de différer la sortie, la résolution de la crise. Vous ne donneriez que raison à ceux qui dénoncent le dialogue de sourds qui a cours. Pensons à une solution plus conciliante et rassembleuse. Les revendications partagées par les syndicats et les associations étudiantes de l’UQAM participent d’une volonté à révolutionner l’éducation et répondre aux besoins des institutions universitaires québécoises.
C’est un ancien de l’Université de Montréal qui vous le dit : l’UQAM n’est que le symbole le plus béant de ce qui ne tourne pas rond au sein des différentes universités québécoises. L’Îlot Voyageur démontre la crise de représentation et de gouvernance des institutions universitaires. Si vous croyez que 300 professeurs ne sont pas requis pour suppléer aux mises à la retraite des professeurs issus du baby-boom, vous ne faites qu’entretenir le cercle vicieux du renouvellement du corps enseignant de l’UQAM, entre autres universités québécoises. Enfin, le sous-financement des universités n’est plus à démontrer : gestion à la petite semaine, coupure de services à la vie étudiante, multiplication des frais champignons, et détérioration des conditions de travail, pour n’en nommer que les conséquences les plus visibles.
Le droit et le devoir d’une certaine Option Sourde
Le 11 septembre 2005, je pris part à une marche que j’ai organisée, en compagnie de Mme Marguerite Blais, qui était alors citoyenne. Cette marche destinée à la communauté sourde et à l’amélioration des conditions de l’éducation destinée aux Sourds répondait en fait à une vision plus large des enjeux : avant tout philosophique, politique et sociale, l’Option Sourde répond d’une nécessité de se positionner face à ce qui ne tourne pas rond en éducation, entre autres domaines, et à prendre des décisions plus éclairées.
Plus que jamais, en constatant les débats connexes en éducation, tels que le décrochage scolaire et le financement des écoles juives, nous voyons surtout une crise de l’imputabilité, une crise de confiance et une obligation de résultat. Nous ne devons surtout pas chercher à éviter d’aborder de face le problème des universités québécoises, à parler des vraies affaires. Je me souviens de deux grèves en particulier, que j’ai vécu en 2005 et 2006, moment à lequel les étudiant-e-s se positionnaient contre les coupures à l’aide financière, et que les chargés de cours de l’Université de Montréal recoururent à l’outil de la grève pour faire valoir leurs revendications, à l’image des profs de l’UQAM dans la crise actuelle.
Une position de principe
La solution facile aurait été de faire l’autruche, de chercher un retour rapide en classe et d’y tenir mordicus. Au contraire, j’ai opposé un refus catégorique à ce que la crise persiste, que nous évitons de voir les problèmes en face, et répondons de notre devoir de citoyen-ne-s. Je crois être conscient de ma position de témoin privilégié de la crise de l’éducation québécoise. Je refuse avant tout de revenir en classe à tout prix, sans que nous ayons résolu le différend qui nous oppose face à la direction de l’UQAM et au gouvernement. Je refuse de faire semblant que tout va bien, comme dans le meilleur des mondes.
Plutôt que d’entendre les récriminations de quelque ministre nous encourageant à laisser tomber les doléances de sous-financement des universités et les prétendues révisions au chiffre des 300 nouveaux professeurs requis susurrés par quelques médias, je veux voir de mes propres yeux une société qui se lève, prenne acte de réalité, et persiste dans sa volonté à ce que la crise se résolve, que nous en sortons grandis en tant que société pour le bien des institutions universitaires québécoises dans leur ensemble. Nous avons également à surseoir à cette fameuse Option Sourde qui s’oppose au dialogue de sourds des aspirations de notre société.
Depuis 2003, le gouvernement actuel a détenu ou partagé le pouvoir. Conflit après conflit, il a préféré privilégier l’outil de la guerre à l’usure et de la renonciation aux droits syndicaux. Plus que jamais, nous constatons l’impasse de cette stratégie désuète, qui ne fait que reporter les problèmes à plus tard. Jamais nous n’avons constaté une volonté de la part du gouvernement, un engagement qui dépassait le cadre financier du rapiéçage systématique. Au grand jour, nous voulons des interlocuteurs, des gens de foi qui nous démontrent par leurs actions, de leur volonté à faire changer les choses de façon globale. Cette Option Sourde, nous devons tou-te-s la prendre collectivement, y faire honneur.
Élie Presseault
Étudiant sourd en Études littéraires à l’UQAM
Détenteur d’un baccalauréat en Communication et politique à l’UdeM